médias en crise (2/3) – déconstruire pour mieux rebâtir

•11 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Je suis bibliothécaire. On ne s’étonnera donc pas que l’organisation et le repérage d’information soient des sujets capitaux à mes yeux. Je ne peux toutefois que me désoler qu’ils ne soient pas aussi importants pour le reste du monde. Surtout quand j’ai à consulter un portail médiatique. Ouf!

Peu importe la langue, la culture, la région, les caractéristiques des portails de la presse écrite et des médias en général sont similaires:

  • une page d’accueil surchargée et à la mise en page convenue;
  • une organisation de l’information peu intuitive, donc inadaptée à des sites aussi chargés de contenus, et lourde, donc totalement inefficace;
  • des archives mal organisées, plutôt difficiles à retracer, peu attrayantes… et pourtant, généralement payantes.

Pages d’accueil et mise en page

échantillon prix au hasard

D’accord, on comprend le principe. Une page d’accueil chargée pour démontrer dès l’arrivée sur le site la richesse de son contenu. Un accueil-synthèse, un résumé de toute l’actualité, sur tous les sujets, une perspective infinie en une seule page.

Mais c’est surchargé. Surchargé comme dans trop chargé. Et encore, s’il n’y avait que cela… Les portails sont surchargés et laids. On n’ose peut-être pas le dire trop fort, parce que l’utilité de ce type de site devrait primer, mais je regrette: l’esthétique n’enlève rien à la valeur d’un site d’information et devrait aussi être prise en compte. C’est bien simple, même les bandeaux publicitaires, ceux qu’on devrait à tout le moins tolérer puisqu’ils sont garants de revenus pour les auteurs des sites que nous visitons et donc d’une relative gratuité, ces bandeaux publicitaires, donc, sont non seulement laids, mais bien souvent réellement agressants.

Et encore, cette laideur ne dérangerait peut-être pas tant la consommatrice d’information que je suis si elle servait véritablement le propos. Ce n’est pas le cas. Est-ce qu’on doute de pouvoir trouver quelque chose en se rendant sur Google? Je ne pense pas, hein. Est-ce qu’on pense dénicher ce qu’on cherche lorsqu’on débarque sur un portail médiatique? Pas sûr.

Organisation de l’information

Il existe des moyens d’optimiser l’organisation d’un site «lourd». Et malgré ma référence à Google, je ne pense pas à l’installation d’un simple moteur de recherche ultra performant.

Création de LizaWasHere sous contrat Creative Commons de type Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique.D’abord, rien dans ce domaine ne bat Google. Offrir un moteur comme instrument de recherche principal, c’est carrément inciter les utilisateurs à passer par Google.

Ensuite, même lorsqu’on n’offre pas de moteur de recherche, l’organisation de certains sites est tellement confuse que les utilisateurs sont là encore encouragés à chercher via Google.

Pourtant, un meilleur aménagement de l’information est possible. Et de la même façon que l’utilisation de raccourcis clavier est plus effice et rapide que le recours à la souris, une architecture informationnelle conviviale rend l’utilisation d’un moteur pour ainsi dire caduque.

Que sont donc les caractéristiques d’une organisation informationnelle de qualité? Intuition, représentativité, cohérence, équilibre.

Intuition. Est efficace l’organisation dont même les novices sauront pressentir le fonctionnement. C’est à ce chapitre que j’oserais dire que les portails de médias tiennent le mieux la route, mais là encore, je me demande parfois à quel point mes fonctions de chercheuse d’information professionnelle ne me poussent pas à la surestimation. Il m’est arrivé à maintes reprises de retracer aisément des documents que des clients avaient cherché en vain sur le portail d’un média. Et puis, si par exemple la mise en page standardisée facilite le repérage, cette méthode est appliquée de façon si rigide qu’elle finit par en devenir nuisible à d’autres niveaux. J’y reviendrai.

Représentativité. C’est bien beau, l’intuition, mais la structure d’un site se doit aussi de refléter l’organisation conceptuelle de la publication. Là encore, on pourrait dire que, he-hum, c’est plutôt réussi… pour nous faire réaliser à quel point la structure conceptuelle des médias en général est «broche à foin». D’un côté, on tente de reproduire les grandes divisions des médias traditionnels (affaires et économie, arts et spectacles, etc.), de l’autre on rajoute des structures propres au Web de façon apparemment improvisée. Pour fonctionner de manière efficace, l’organisation en ligne doit être repensée complètement. Si elle l’a été, cela ne paraît pas. De plus, l’architecture d’un portail doit être pensé de A à Z, des divisions principales jusqu’aux catégories de billets des blogueurs. Parce que lorsqu’on jette un coup d’oeil à ces dernières, on est en droit de se demander qui a pu laisser passer certaines subdivisions vu leur total inefficience.

Cohérence. Pour être rapide à comprendre et donc à utiliser, une organisation de l’information se doit de respecter une logique évidente, systématique, cohérente. Les termes adoptés pour une catégories doivent être repris dans la mesures du possible dans toutes les catégories. Or, si certains médias respectent une relative cohérence, j’ai bien l’impression que c’est par hasard plutôt que par désir réel de faciliter le repérage d’information. Ainsi, c’est bien beau de laisser une certaine liberté à chacune des équipes de rédaction d’un média, mais un certain fil conducteur doit être imposé, dans l’organisation de l’information, dans la terminologie choisie. Et ici, je l’admets, le défi réside dans le choix réfléchi de ce fil conducteur, qui devra être accepté par toutes les parties, et non imposé.

Équilibre. Dans tout classement, les divisions se doivent d’être équilibrées, c’est-à-dire d’être de proportions semblables. Une catégorie peu fournie est inutile. Une subdivision trop garnie est inutilisable. Cette caractéristique, bien qu’essentielle, est souvent la plus négligée dans l’organisation d’un portail. Pourtant, c’est sans doute celle qui, si négligée, donne le plus une image d’amateurisme à une structure informationnelle. Tout en respectant la représentativité du contenu, une organisation efficace doit donc aussi tenir compte du contenu des structures qu’elle propose et rééquilibrer si nécessaire. Ai-je vraiment besoin de vous expliquer en quoi les portails médiatiques sont un contre-exemple éclatant de ce que signifie une organisation de l’information équilibrée?

Archives

Règle générale, les médias traditionnels ne se soucient pas vraiment que leur production soit vite périmée. Les archives sont mal exploitées, si tant est qu’il y en ait. On est dans une culture de l’instantané, ou du moins du pas-très-long. Dans le contexte d’Internet, la pérennité de l’information devient soudainement très importante. Lors du passage à l’électronique, les médias espèrent souvent donner une seconde vie à leur production en mettant en valeur leurs archives, voire en en rendant l’accès payant. Pourtant, qu’ont ces archives à offrir pour qu’on les désire au point de payer pour elle?

Souvent mal intégrées, encore plus difficiles à retrouver que les articles du moment, n’offrant aucune bonification particulière… Soyons honnête: les archives des médias ne font pas vraiment le poids face à tout le contenu d’Internet, parfois moins crédible (et encore!), mais bien souvent pensé pour Internet, pour un repérage facile et une durée prolongée.

Une plus grande longévité de la production des médias pourrait être une des clés de la nouvelle rentabilité ou du moins des nouvelles façons de faire des médias. Mais cela nécessiterait de repenser les archives dans leur entier, ce qui n’est pas le cas présentement. Enfin… Si certains médias le font, ils devraient se poser des questions, car ce n’est pas évident. Et lorsque je parle de repenser les archives, je ne veux surtout pas suggérer que ces dites archives devraient simplement être payantes. Je pense plutôt à un classement clair et agréable à employer, une indexation de qualité qui enrichit la recherche, des liens entre les articles, des ressources supplémentaires quoi.

Faire payer des archives en ligne est toujours une solution boîteuse. Si on veut faire de l’argent avec des archives, l’intégration en parallèle dans des bases de données est une option plus intéressante. Notre clientèle conserve ainsi un accès direct à notre production, mais les bases de données demeurent intéressantes pour les personnes désireuses de mener des recherches plus complexes, de façon efficace et productive, dans un large éventail de ressources documentaires en même temps.

En terminant, pourquoi mettre autant d’énergie dans l’organisation de l’information? Parce que là est la clé. Parce que les médias qui seront utilisés seront ceux qui savent rendre le plus aisé l’accès à leur production, que les besoins d’information de leurs clients soient flous ou très pointus. Parce que les médias qui seront utilisés seront ceux qui rendront les choses claires et simples à leur clientèle. Parce que les médias qui seront utilisés seront ceux qui ne pensent plus en terme d’instantané, mais de longue durée.

Suite et fin dans mon dernier billet: médias en crise (3/3) – repenser l’information.

médias en crise (1/3) – c’est mal parti

•7 novembre 2009 • 2 commentaires

Création de nate steiner sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Ah, la crise des médias!…

Commencée depuis un moment déjà, là pour durer si on en juge par les réponses jusqu’ici bien souvent pitoyables de ses protagonistes.

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser, les perturbations qui affectent les médias et en particulier la presse touchent aussi les bibliothécaires.

Hé oui, nous sommes nous aussi, à notre façon, des travailleurs de l’information: veilleurs, donc bien souvent dévoreurs d’actualité par nécessité si ce n’est par intérêt, les bibliothécaires sont en outre passeurs d’information et ne peuvent rester insensibles aux questions susceptibles d’influencer cette mission.

Pourtant, qui penserait à nous demander notre avis en la matière? Certainement pas la presse, qui ignore généralement tout de nos pratiques et réflexions.

Peu importe, j’ai décidé de m’amuser à développer ici certaines idées concernant les médias, ce qu’ils sont et ce qu’ils pourraient être. Je m’intéresserai toutefois essentiellement à l’exploitation d’Internet par la presse car j’estime que c’est à ce sujet que l’expertise des bibliothécaires a le plus à offrir.

Mais pour commencer, une présentation de ces nombreuses petites choses qui, comme bibliothécaire, m’irritent au plus haut point dans la crise actuelle.

Je suis bibliothécaire. Je me nourris des médias. Journaux, périodiques, télé, radio, portails… tout m’est utile, tout m’est nécessaire pour accomplir mon travail. Que je développe une collection et doive rester à l’affût des nouveautés dans un champ spécifique, que les besoins de ma clientèle exigent que je reste au courant des plus récents développements dans un certain domaine, que je gère des systèmes documentaires ou que j’aie à animer un lieu et à le rendre attirant aux yeux d’une clientèle que je me dois donc de comprendre, j’ai besoin de consommer des médias. Si je choisis de ne pas le faire, si je néglige cette pratique, je cours le risque d’être vite dépassée et c’est ma crédibilité qui en souffrira.

J’ai donc toutes les raisons professionnelles du monde de me sentir concernée par la crise des médias et je m’en soucie effectivement. Mais je suis aussi frustrée des réactions que cette crise provoque.

Frustrée. Frustrée d’abord du corporatisme de l’ensemble des acteurs médiatiques. Alors que tous prétendent avoir à coeur le droit du public à l’information, dans les faits, les intérêts des uns passent avant les droits des autres. Ainsi, lorsqu’il est temps de trouver une solution aux problèmes financiers des médias, en particulier des journaux, on a tôt fait de suggérer de nouveaux moyens de tondre la bête. Droit du public à l’information, oui. En autant qu’il paie. Notez, je ne suis pas contre la rentabilité des médias. Mais pourquoi cette rentabilité devrait-elle nécessairement être atteinte au détriment de la clientèle, ou du moins de son portefeuille?

Frustrée ensuite du narcissisme de la presse. Hors du milieu, aucun avis, aucune idée d’intérêt concernant la crise traversée. Pourtant, si on tient tant à ce droit du public à l’information, ne pourrait-on pas lui demander son avis, au fameux public? Et qui peut prétendre représenter les droits et se soucier des besoins du public en matière d’information mieux que les bibliothécaires? Ce n’est pas comme si nous avions réellement d’autres intérêts à défendre. Nous méritons donc certainement d’être entendus. Malheureusement, on fait non seulement fi de nos propos, on ignore carrément notre existence.

Frustrée enfin du manque d’originalité qui émane des moyens mis en place par les médias pour pallier à la crise. Pour des professionnels censés se nourrir du changement, leurs initiatives sont timorées si ce n’est carrément convenues. Pourtant, le contexte actuel exige de savoir s’adapter et d’oser expérimenter.

Prenons l’accès payant en ligne. À première vue, une solution justifiée. On veut profiter du travail de quelqu’un, c’est bien normal qu’on paie pour celui-ci, n’est-ce pas? C’est sans doute, logiquement, une excellente façon de retrouver la voie du profit. Pourtant, dans les faits, cela ne fonctionne pas. Payer pour du papier «avec quelque chose d’écrit dessus», c’est une chose. Payer pour de l’information? Pas impossible, mais beaucoup moins invitant.

Sans compter qu’au niveau du partage d’information, l’accès payant est une solution archi-irritante. «Je te l’enverrais, mais… l’accès est limité et payant.» Si la diffusion électronique a grandement aidé à la recherche documentaire et au partage d’information, le droit d’auteur actuel n’est certes plus adapté et la non-gratuité de certains documents n’a rien pour faciliter les choses. Or, quels seront les éléments qui feront le succès en une époque de surabondance informationnelle? La qualité de l’information, certes, mais aussi la facilité de partage de l’information.

Alors voilà résumés quelques-uns des irritants qui m’affligent lorsqu’il est question de la crise des médias. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Je poursuivrai ma réflexion dans mes deux prochains billets. J’aborderai d’abord l’organisation et plus largement la gestion de l’information médiatique en ligne. Je réfléchirai ensuite à l’exploitation de l’information et à l’utilisation des outils de diffusion par les médias.

H1N1 et sciences de l’information… quel rapport, vous dites?

•30 octobre 2009 • Laisser un commentaire

Oh, allez, je vous vois venir… Où en est-on rendu lorsque même les bibliothécaires se mettent à discourir de la fameuse grippe A (H1N1)? Quel est le rapport entre des bibliothécaires et un enjeu sanitaire? Et est-ce qu’on n’en parle pas déjà assez, d’abord?

Eh bien… je suis d’accord! On en parle assurément trop, de cette foutue grippe. Mais justement, c’est la question de la gestion de l’information concernant la H1N1 qui m’intéresse ici. Une gestion de l’information déficiente qui affecte particulièrement les campagnes d’information et de vaccination contre la H1N1.

Note: Cette analyse s’applique évidemment à la situation québécoise et peut-être plus largement au contexte canadien. Les lecteurs d’ailleurs constateront toutefois sans doute des similitudes entre la conjoncture dépeinte ici et celle qui prévaut dans leur propre pays. Quoique. Je leur souhaite que non.

En fait, depuis quelques semaines, je ne peux m’empêcher de penser que fichtre, ils manquent salement de bibliothécaires en santé publique. Ou plus probablement, ils les exploitent mal. Et plus le temps passe, plus cette impression se confirme!

La question du traitement de la H1N1 comporte nombre de ramifications. Pour éviter de m’y perdre, je m’appuierai sur trois compétences informationnelles standard qui mettent bien en relief les problèmes engendrés par la façon inadéquate dont l’État et la santé publique gèrent l’information actuellement.

Première constatation: lorsqu’il est question d’évaluation critique de l’information et des sources de celle-ci, l’État ne facilite certainement pas la tâche à ses citoyens. On pourrait même carrément dire qu’il leur nuit.

Création de tinkernoonoo sous contrat Creative Commons de type Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique.

Sans doute, ce sont les médias qui diffusent quantité d’informations, toutes plus contradictoires les unes que les autres. Mais peut-on sérieusement reprocher aux journalistes de faire leur boulot, c’est-à-dire de rapporter les différents courants de pensée qui traversent la société?

De son côté, qu’a fait la santé publique pour répondre à cette situation? Oh, on a présenté «sur papier» un état de la situation certes détaillé et nuancé, et quand même assez bien vulgarisé. Pourtant, la population reste hésitante. Pourquoi? Peut-on vraiment affirmer, comme nombre de tenants de la vaccination incluant les porte-parole de l’État, que seules l’ignorance et la crédulité poussent certaines personnes à hésiter face à la vaccination? N’en déplaise à ces messieurs-dames, leur attitude aussi bien que leur gestion de la crise prêtent flan à la critique et nuisent assurément à la confiance qu’on leur porte. Il est naturel de se méfier d’une source d’information en laquelle on croit déceler des failles. Et si les gens n’ont pas tellement confiance en une source, peut-on leur reprocher de se méfier ensuite des recommandations que cette dite source leur transmet?

Il semble que l’État sous-estime les compétences de ses citoyens à évaluer l’information de façon critique et que cet estimé erroné affecte les campagne d’information et de vaccination contre la H1N1. Et il n’est pas besoin d’être un adepte des complots pour se méfier un tant soit peu du discours des gestionnaires du ministère de la Santé, par les temps qui courent.

Cette constatation nécessite une explication, ce qui nous amène à mon deuxième point: alors qu’ils sont les spécialistes des questions d’épidémiologie et de vaccination et au coeur de l’action, les gestionnaires de la santé publique semblent mésestimer si ce n’est parfois ignorer les enjeux culturels et éthiques liés à l’information.

Il est vrai que certaines craintes irrationnelles ont toujours cours parmi la population. Il est certain que bien des gens, même parmi les plus instruits, se font une idée déformée ou sont carrément ignorants des enjeux entourant la vaccination et les épidémies. Cela étant dit, est-ce qu’on peut aussi admettre que 1) toutes les craintes ne sont pas simplement stupides; 2) que certaines d’entre elles sont peut-être même fondées, du moins en partie; 3) que de vouloir changer les perceptions en adoptant une attitude rigide, voire carrément méprisante, à l’égard des gens qu’on veut convaincre, est une stratégie pour le moins… médiocre?

Ainsi, en rejetant du revers de la main certaines objections éthiques soulevées dans les médias, sans jamais y répondre autrement qu’en attaques ad hominem plutôt que par des arguments probants, il m’est bien difficile d’imaginer ce que l’État pense gagner. Un exemple? Face à monsieur Marc Zaffran, qui remet en question la stratégie de vaccination contre la H1N1 pour des raisons éthiques à Tout le monde en parle, Monsieur Alain Poirier rispostant qu’il espère que monsieur Zaffran ne sera jamais directeur de la Santé publique. On est tout de suite convaincu, n’est-ce pas?

Cela étant dit, si par chance une partie de la population est suffisamment informée et reste encore convaincue de participer à la campagne de vaccination, un autre problème persiste. Une carence que j’associerais à la compétence informationnelle quasi de base qui est de savoir et de pouvoir accéder à une information nécessaire de façon efficace.

Je ne traiterai pas directement des problèmes d’organisation criants qui surgissent depuis que la campagne de vaccination est lancée. La pagaille actuelle que le ministère de la Santé tente plutôt mal que bien de minimiser s’étend toutefois aussi à la sphère informationnelle.

Malgré le fait que les équipes en santé publique travaillent depuis des mois à la présente campagne, malgré le fait qu’une partie importante de la population reste à convaincre ou accepte tièdement le vaccin, malgré le fait que l’information et logiquement la gestion de l’information déjà cruciales en santé publique, le sont plus encore dans un tel contexte, que constate-t-on? Une diffusion de l’information brouillonne, confuse et qui ne s’excuse même pas de l’être!

La contradiction est tout de même ironique. Alors qu’on martèle depuis des semaines qu’il est important que la population, en particulier les personnes faisant partie de groupes à risque, se fasse vacciner, la campagne débute dans un chaos total et que répondent les porte-parole du ministère de la Santé? Que les gens doivent comprendre et être patients. Que ça va s’améliorer. Wow. C’est certain que si je suis une femme enceinte de plus de vingt semaines, ça me donne le goût d’aller attendre debout, en ligne, pendant plusieurs heures, pour un fichu vaccin que j’hésitais peut-être à me faire injecter. Surtout après m’être fait dire qu’on me réserverait une dose «sans adjuvant» et que finalement, la dose «avec adjuvant» fera l’affaire. Surtout après m’être fait retourner de bord suite à une autre attente debout, en ligne, pendant plusieurs heures.

Je ne suis pas une spécialiste de la santé publique. Je ne suis pas épidémiologiste. Je suis juste bibliothécaire. Mais en regard de la gestion de l’information de la présente campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1), je constate de nombreuses lacunes. Lacunes assez graves pour me laisser penser que tout compte fait, si la majorité de la population choisit finalement de ne pas se faire vacciner, les responsables de la diffusion de l’information et des communications de la santé publique devraient au moins avoir la décence de prendre une partie du blâme.

En guise de conclusion à ce long billet, je terminerai sur une note quand même plus joyeuse: une suggestion de lecture découverte via @Tredok, le carnet de route d’un bibliothécaire en temps de grippe. Oui, les thécaires savent être tendance. ;)

ne prononcez même pas le mot!

•25 octobre 2009 • 5 commentaires

C’est systématique. Immancable. Inévitable. Qui dit bibliothécaire dit livres. Même pour ceux qui n’ont qu’une vague idée de ce qu’un bibliothécaire peut manger en hiver, le lien semble évident. Et ça commence à me taper franchement sur les nerfs.

Création de sleepyneko sous contrat Creative Commons de type Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique.Entendez-moi bien! J’adore les livres. Pas tous, pas tout le temps, mais tout de même. Je n’aurais pas songé à me diriger en bibliothéconomie si je n’avais pas eu un certain intérêt, si ce n’est un intérêt certain, pour l’imprimé.

Alors, où est le problème?

Le problème, car pour moi c’en est un, réside dans la limite que cette association ne peut qu’occasionner. C’est en quelque sorte une cage dorée: on nous reconnaît une expertise dans le domaine du livre, mais cette expertise devrait s’arrêter là.

Comme professionnelle de l’information, je me trouve continuellement dans l’obligation de justifier encore et encore mon intérêt pour tout autre type de documentation. À croire que même pour ceux qui présument savoir qu’un bibliothécaire ne passe pas ses journées à classer des livres, il est difficile d’imaginer que nous puissions passer ces dites journées à travailler sur autre chose que des livres.

Quel est le rapport des technologies de l’information et des communications avec les bibliothèques?, me demande-t-on constamment. À quoi peut bien servir la veille? Apprendre à ma clientèle à améliorer ses compétences en recherche d’information? Pourquoi?

Il arrive qu’un tel écart entre la perception que les gens se font de ma profession et mes propres idées m’ébranle. Je me demande alors: «Est-ce moi qui suis dans le champ?» Mais je regarde, je lis et j’échange avec des collègues et force m’est alors d’admettre que, non, je ne suis pas dans le champ. Le coeur de notre profession ne se situe pas dans le livre.

Nous sommes en sciences de l’information. Bien que nous chérissions le livre pour des raisons rationnelles aussi bien que sentimentales, notre expertise s’étend à tous les types de supports et à tous les types de contenus.

Cela étant dit, je commence à manquer d’imagination pour expliquer la chose autour de moi et convaincre. Le changement de titre, les métaphores, les exemples… j’ai déjà tenté le coup. Sans grand succès. Des idées, quelqu’un?

lourd, l’anonymat (3/3) – la crédibilité

•20 octobre 2009 • 2 commentaires

Il déresponsabilise ceux qui y ont recours. Il leur fait aussi perdre toute crédibilité. L’anonymat est vraiment un sale truc, pas vrai?

Création de Viernest sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.

En cette ère d’abondance informationnelle, il est capital de pouvoir se fier à l’information qu’on consulte, n’est-ce pas? Les journalistes, dont les pratiques sont encadrées par des règles éthiques strictes, dont les méthodes valorisent l’esprit critique, offrent ainsi une garantie de fiabilité. À l’opposé, quelle crédibilité a un auteur anonyme?

Ici encore, comme bibliothécaire, je tique. À entendre nombre de journalistes, on croirait que critique, c’est leur petit nom. Et je ne veux rien leur enlever, mais il me semble que pour des gens qui se présentent comme des exemples, si ce n’est comme les parangons de la crédibilité, leur travail n’est pas exempt d’erreurs. Surtout, les compétences informationnelles ne sont pas leur chasse gardée. C’est bien beau de faire preuve de professionnalisme lorsqu’on traite des informations, mais à l’autre bout, le public est tout aussi capable de faire preuve de sens critique, pour peu qu’on l’aide un peu.

Lorsque j’entends des journalistes discuter de leur métier, entre autres quand il est question de l’anonymat, je ne peux m’empêcher de penser à ces bibliothécaires qui considèrent qu’eux seuls savent maîtriser la recherche d’information. On peut avoir développé une expertise qui nous rend plus compétent que d’autres dans un domaine, c’est vrai. Mais présenter les «non-initiés» comme n’ayant eux-mêmes pas le potentiel pour parvenir à la même maîtrise, reste que c’est fichtrement condescendant. Lorsqu’on est un professionnel de l’information, il me semble que de veiller à aider notre clientèle à développer ses compétences, incluant l’esprit critique, est un devoir. Rien de moins.

Et puis tant qu’à y être… savoir évaluer ses sources et faire preuve de sens critique sont des compétences informationnelles dont la portée est probablement beaucoup plus grande que ce que bien des journalistes conçoivent, si je me fie à leur discours. C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique qu’ils accordent tant d’importance au fait de connaître l’identité d’un auteur pour juger de sa crédibilité.

Qu’on me comprenne bien. Connaître l’auteur d’un texte, ses origines, sa pensée, pouvoir à tout le moins évaluer ses motivations, sont certes des éléments importants dans l’analyse critique d’un texte. Mais ce sont loin d’être les seuls auxquels on puisse se référer. En fait, accorder une place trop importante à l’auteur peut même s’avérer une erreur. L’identité d’un auteur peut distraire de son propos. Ainsi, si je suis un auteur respecté et que j’écris une connerie, il est fort possible qu’elle passe mieux. À l’opposé, je peux avoir un discours solide, mais qui sera moins bien reçu du fait que je suis inconnu.

La crédibilité d’un auteur, en somme, c’est bien beau, mais qu’on soit anonyme ou qu’on publie sous sa véritable identité, on la bâtit de la même façon. En présentant un discours solide et cohérent. Cela ne signifie pas qu’un auteur anonyme ne puisse être invraisemblable. Simplement que le fait qu’il ne publie pas sous son nom n’est pas un motif de critique valable en soi.

lourd, l’anonymat (2/3) – la responsabilité

•16 octobre 2009 • 4 commentaires

C’est le principal argument avancé par ceux qui s’opposent à l’utilisation de l’anonymat. La responsabilité. Celle qui distingue les vrais des lavettes.

Signer un texte, c’est devoir vivre avec ses mots… y compris face aux gens qu’on a pu éreinter. C’est courir le risque d’être critiqué. C’est assumer ses propos jusqu’au bout.

A contrario, écrire sans révéler son identité, c’est se donner le pouvoir d’émettre n’importe quel propos sur n’importe qui. C’est louche, quoi. Pas sérieux. L’anonymat est le refuge de ceux qui veulent se vider le coeur sans conséquences fâcheuses, de la mesquinerie facile, de la diffamation à peu de frais. Sans compter que, pour certains, c’est témoigner d’une crainte injustifiée, donc agir en pleutre.

Tels sont les arguments avancés par… des journalistes, essentiellement. Beaux arguments. Il n’y a pas à dire, c’est très noble de se tenir face aux propos qu’on émet. Le seul problème, c’est que le principe a ses limites, des limites que minimisent bien souvent ses défenseurs.

Création de Capture Queen sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Est-ce que signer d’un pseudonyme signifie nécessairement qu’on n’assume pas ses paroles? Vraiment? Permettez-moi d’en douter. D’abord, comment juger lorsqu’on ne peut relier le pseudo et la véritable identité d’un auteur? Préjuger, prendre pour acquis qu’on peut se prononcer sur les intentions de quiconque écrit sans se dévoiler, c’est déjà risquer l’erreur.

Évidemment, quelqu’un peut vouloir exprimer des idées que le devoir de réserve l’empêche de diffuser librement. Mais quelqu’un peut aussi assumer ses propos «dans la vraie vie» et choisir de les assumer différemment en ligne… sans ce que soit pour se permettre des grossièretés. Ainsi, quelqu’un peut souhaiter s’effacer derrière ses propos et craindre que sa personne détourne l’attention du contenu, peu importe la nature de ce contenu.

Et l’anonymat a ses limites. C’est peut-être facile de troller un blogue, mais la modération existe justement pour ça. Et croire qu’on peut se servir de l’anonymat afin de se défouler sans avoir à répondre de ses propos, par exemple par le biais d’un blogue, c’est naïf. Si quelqu’un veut vraiment retracer un auteur anonyme, ça se fait.

Enfin, s’exprimer sous sa véritable identité parce qu’on choisit de s’assumer, c’est très louable. C’est vrai que lorsqu’on doit vivre avec les propos qu’on a émis, il y a plus de chances pour qu’on y pense à deux fois avant de prendre la parole. Et ce n’est certainement pas moi qui qui irai dire que c’est une mauvaise chose que de réfléchir avant de parler ou d’écrire. ;) Mais quand on risque par exemple d’avoir à affronter des gens critiqués, en particulier dans un petit milieu, ça peut être fort tentant d’être plus… indulgent? C’est humain: on choisit ses combats. Et cette autocensure, pour fort compréhensible et difficile à quantifier qu’elle soit, n’en constitue pas moins une forme d’esclavage.

lourd, l’anonymat (1/3) – l’évidence

•11 octobre 2009 • 8 commentaires

Tuons le suspense dès maintenant: oubliez le coming out. Je ne me suis pas encore lassée d’écrire sous un nom de plume, au contraire! Donc, pas de révélation.

Le titre fait allusion à ce débat particulièrement in dans les médias québécois par les temps qui courent. Internet a rendu la publication anonyme plus facile, donc plus courante, et ça en dérange plusieurs.

Création de de bp6316 is off to Denver sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Vous comprendrez que, hé hé, c’est un sujet qui me touche de près. En fait, le sujet m’intéresse à plus d’un titre.

D’entrée de jeu, pirathécaire ou non, le débat m’agace terriblement. J’écoute les arguments des détracteurs de l’anonymat et j’ai l’impression d’entendre… une cassette. S’exprimer sous le couvert de l’anonymat permet d’écrire n’importe quoi sur n’importe qui. C’est évident. L’anonymat peut servir à dénoncer, soit, mais plus souvent permet de dire tout haut et sans risque ce qu’on se contente généralement de penser. C’est évident. Pour se cacher derrière un pseudonyme, il faut être lâche. C’est évident.

Évident. Sacrément évident.

Assez ironique. La capacité à faire preuve de sens critique face à l’information est, de toutes les compétences informationnelles, celle qui me semble la plus importante. Une compétence évidemment chère aux yeux des journalistes, premiers à dénoncer l’usage de l’anonymat. Or, faire preuve de sens critique, ça signifie aussi de savoir remettre en question les idées qui paraissent évidentes.

C’est évident qu’il est plus courageux de signer un texte de son nom. Mais comme toute évidence, on a tôt fait de s’asseoir dessus. Est-ce que choisir de signer ou non un texte est toujours possible? Où est-il, le courage, là où il n’y a pas de choix? Où se termine le courage, quand commence la témérité? Elle se situe où, la limite claire entre une bonne et une mauvaise raison de demeurer anonyme?

Le courage, c’est bien relatif. Je ne suis sûrement pas la seule à me surprendre à l’occasion de ce que des gens considèrent un geste comme courageux, alors qu’il m’apparaît plutôt banal, à moi.

Cela dit, les deux arguments principaux servis pour dénoncer l’usage de l’anonymat sont les suivants: publier sous son nom, c’est assumer la responsabilité de ce qu’on écrit et c’est aussi s’assurer d’une crédibilité que les auteurs anonymes n’ont pas. Oui, ça semble convaincant. Mais l’est-ce vraiment? Je reviendrai sur chacune de ces explications dans mes prochains billets.

la fin du livre? je prendrais bien une liseuse en l’attendant

•4 octobre 2009 • 6 commentaires

Changement de paradigme. C’est l’expression – galvaudée? – qu’on utilise pour résumer l’ensemble des mutations que traversent actuellement les industries de «contenu». Elles n’ont pas toutes été affectée au même moment ni de la même façon, mais elles y passeront toutes parce que, que ça plaise ou non, les nouvelles technologies de l’information et des communications vont continuer de chambouler nos modes d’expression, de production et de consommation de l’information.

Avec l’essor des NTIC, la facilité avec laquelle partage et reproduction nous sont maintenant permis en fait des enjeux capitaux: d’une part, les possibilités des technologies ont tout pour faire rêver quiconque valorise le partage des connaissances; de l’autre, ce même potentiel dérange au plus haut point l’ordre établi. La mise est énorme pour les joueurs en place.

Dans ce contexte, l’industrie du livre a jusqu’ici été relativement épargnée. Mais la vague s’en vient. Elle risque même d’arriver plus vite qu’attendu. L’industrie du livre peut espérer tirer leçon du sort des industries de la musique, du cinéma et de la presse pour mieux s’en sortir, mais quelle leçon exactement? Les distributeurs, éditeurs, libraires, écrivains se soucieront-ils des possibilités spectaculaires de partage des connaissances maintenant permises, ou se contenteront-ils de protéger farouchement leurs droits acquis?

Le livre ne mourra évidemment pas – comment le pourrait-il, alors qu’il constitue encore et toujours le support de conservation le plus durable, le seul support aussi ne nécessitant aucun outil, aucun filtre pour accéder à son contenu? Le livre électronique dispose toutefois d’attraits fort convaincants. On ne les a d’ailleurs pas encore tous découverts, je gage. Ainsi, l’impression de textes ou la lecture à l’écran peuvent être franchement rebutantes, alors que la liseuse se rapproche assez de l’objet-livre, facile à transporter, à manipuler et à consulter.

Comment les acteurs du livre réagiront-ils lorsque les liseuses deviendront un objet banal et l’échange de fichiers, une pratique courante si ce n’est désirée? Si nous pouvons passer un livre à un ami, il semblera tout naturel de vouloir lui transmettre un fichier que nous avons apprécié. Il y a de quoi inquiéter les gens qui vivent de la vente de textes… mais espérons qu’ils réaliseront que la gratuité du partage compte pour beaucoup dans le plaisir qu’il peut nous procurer.

Sans compter que le livre électronique pourrait réserver d’autres surprises à l’industrie. Ainsi, de nombreux textes difficiles d’accès parce qu’anciens ou spécialisés pourraient connaître un nouveau «succès», libérés qu’ils seront de devoir être publiés papier, mais aussi devenus plus intéressants grâce à un support de lecture vraiment convivial. Par exemple, si les universités peuvent s’engager sérieusement dans la diffusion de thèses électroniques et dans la constitution et le maintien de dépôts institutionnels, les liseuses seront l’outil idéal pour profiter de ce contenu. Nos habitudes de lecture risquent de changer. Déjà, l’expérimentation des liseuses a fait redécouvrir leurs classiques à plusieurs. Parions que les pratiques des lecteurs-acheteurs n’ont pas fini de nous étonner. Et souhaitons aux acteurs du livre de suivre le courant plutôt que de lutter.

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un certain malaise

•17 juillet 2009 • 2 commentaires

Un client désagréable, ça arrive à tout le monde. Après tout, là où il y a des humains, il y a des airs bêtes. Laisser sortir la vapeur suite à un événement pénible, c’est non seulement naturel, c’est même salutaire.

Perdre son sang froid face à un usager particulièrement obtus, ça peut arriver, même aux meilleurs. Partager avec ses collègues, se soutenir lorsque surviennent des situations pour le moins déplaisantes, soit.

Mais aller jusqu’à se vider le coeur publiquement?
Est-ce nécessaire?
Est-ce souhaitable?

Face aux services offerts par d’autres corps professionnels, il m’est arrivé d’entendre des bibliothécaires remarquer que si notre service à la clientèle était du même acabit, nous ne ferions pas long feu. Ils n’ont pas tort. En effet, nous pouvons bien penser que nos services sont essentiels, mais en bout de ligne, ce sont nos clients qui en jugent. Et la réalité, c’est que la gestion de l’information est peut-être capitale dans une société du savoir, mais que les clients restent encore bien souvent à convaincre. Dans ce contexte, le respect et la confiance sont primordiaux.

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Non, je ne suis pas en train de prôner que nous devrions nous comporter en tapis de salle de bain. Simplement que nous devrions tâcher de laisser le bénéfice du doute à nos clients, dans la mesure du possible. Une mauvaise journée, ça se peut, non? Et dans les cas indiscutables, essayer de ne pas ébruiter la chose trop haut ni trop fort. Surtout, surtout, laisser le mépris au vestiaire.

Vous trouvez que c’est malin, un enseignant qui dénigre un de ses élèves? Une infirmière qui se moque d’un de ses patients? Un informaticien qui se plaint d’un de ses clients? Oui? Je vous conseille de vous chercher un autre boulot au plus sacrant. Non? Raison de plus pour ne pas faire de même.

Cela dit, c’est souvent plus facile de rester zen pour un bibliothécaire, loin que nous sommes du front. Pour nos commis et nos techniciens, le défi est déjà plus grand. Les enjeux, plus distants. Montrer l’exemple et prendre le temps d’expliquer l’importance du service à la clientèle à notre personnel, en particulier aux équipes de première ligne, est d’autant plus crucial. Aussi déterminant que de les soutenir correctement en situation de crise.

Alors bon. Si votre équipe en est rendue à se défouler sur le Net, c’est peut-être le temps de tenir une petite réunion, qu’en pensez-vous?

dans un monde idéal

•7 juillet 2009 • 2 commentaires

Avertissement: toute ressemblance entre les exemples utilisés dans ce billet et l’actualité récente (ou moins récente) d’ici (ou d’ailleurs) serait le fruit du hasard.

Dans un monde idéal, la production littéraire correspondrait précisément aux besoins des clientèles desservies par les bibliothèques. Dans un monde idéal, les livres achetés seraient inusables et leur contenu, intemporel. Dans un monde idéal, les espaces de «stockage» seraient illimités et la désuétude de l’information, un concept abstrait. Dans un monde idéal, il n’y aurait ni effets de mode, ni sujets controversés, la valeur de l’information serait la même pour tous, les budgets seraient juste de la bonne taille et les bibliothécaires et techniciennes qui les dépensent auraient tout le temps, la liberté et les moyens voulus pour choisir avec discernement et sagesse.

Mais… hé non, nous ne sommes pas dans un monde idéal. La réalité est beaucoup plus compliquée. Simple à comprendre, voire évident, pensez-vous?

Bien futés furent nos prédécesseurs qui inventèrent les politiques de développement des collections, mais ces politiques ne suffisent souvent pas. En matière de développement, il n’y a jamais personne de satisfait. Du moins, pas en même temps. Quand les uns ne se plaignent pas des traités d’urinothérapie qui peuvent traîner sur certains rayons, les autres se plaignent de leur absence. Trop de romans, pas assez de documentaires, quels sujets plates et – oh, des seins nus sur des bd! Sans compter que… comment ose-t-on se débarrasser de si beaux livres, poussiéreux certes, mais ô combien instructifs pour quiconque s’intéresse à la comptabilité des années ‘70?

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On veut que les bibliothèques soient populaires. Mais pas trop. On veut bien que nos taxes servent à financer l’éducation et les loisirs de tous, mais à nos conditions et selon nos standards. On se scandalise de certains achats, mais qu’une bibliothèque songe à s’en départir vingt ans plus tard et elle déclenche une levée de boucliers.

Il faut dire que dans un monde idéal, tout serait bien plus simple. Tout le monde serait de mon avis (le meilleur) et les débats finiraient là. Mais… nous ne sommes pas dans un monde idéal.

Ne pourrait-on pas nous laisser travailler tranquilles un peu? Rédiger des politiques pertinentes, les faire approuver par les organisations qui nous emploient, les appliquer le mieux possible lors des acquisitions et durant l’élagage? Si on désire tant juger de nos résultats, qu’on se fie à nos taux de fréquentation et de prêt, à la satisfaction globale de notre clientèle surtout, plutôt qu’à des détails de notre gestion des collections dont on ne prend généralement pas la peine de se faire expliquer le sens… ou de le comprendre. Et si quelqu’un pouvait m’expliquer ce qu’il y a de difficile à comprendre là-dedans…