les journalistes ont raison

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Dieu que ça me coûte de l’admettre. Mais oui, les journalistes ont raison. Notre absence quasi totale dans les médias est justifiable, si ce n’est justifiée.

Oui, nous avons un problème d’image. Oui, nous avons un job complexe à expliquer et qui se résume fort mal. Mais reste que nous ne montons pas encore souvent au front et surtout que nous ne prenons pas trop-trop la peine de vulgariser. Je pense que nous ne réalisons même pas à quel point notre jargon pénètre nos prises de parole et peut paraître rébarbatif au commun des mortels. Et il ne s’agit ici encore que de la forme. Parce que pour ce qui est du propos…

Hé oui, même en changeant de ton et de façons, il faudrait encore que les sciences de l’information, comme sujet, soient séduisantes et là, il faut bien l’avouer, pour capitale que la gestion de l’information puisse être de nos jours, c’est loin d’être le sujet le plus captivant qui soit…

Entendons-nous bien, j’adore débattre de référence, de développement de collections, de la place du numérique dans nos services et même de… catalogage. Reste que je comprends très bien qu’il n’y ait pas là de quoi faire vendre de la copie.

Est-ce que la partie est perdue? Sommes-nous destinés à croupir dans les bas-fonds des métiers rebutants et incompris aux côtés des comptables en bas bruns et de nos collègues et «rivaux» les archivistes? Peut-être pas. Non, je ne suis pas en train de suggérer que nous devrions tenir des conférences de presse kinky ou quelqu’autre coup d’éclat ridicule afin de mousser notre visibilité médiatique. Je crois toutefois qu’il faut aborder nos communications de façon plus réaliste si nous voulons arriver à quelque chose.

Je m’inclus dans ce portrait et je n’ai pas de solution miracle, mais je crois que nous devrions nous soucier ensemble de répondre à ce problème par plusieurs points d’attaque, en quelque sorte. Par exemple:

- Nous nous devons d’abord d’agir localement. Ce sont nos clientèles, celles qui sont à la source de nos salaires, celles qui ont le temps d’apprendre à nous connaître, celles pour lesquelles nous pouvons avoir un impact direct et positif que nous devons d’abord gagner à notre cause et surtout, qui sont le plus en mesure d’apprécier la valeur, l’intérêt et les multiples facettes de notre profession. Réseautage, réseautage, réseautage. Oui, c’est long, c’est difficile, c’est parfois ingrat, mais ça reste la clé.

- Il faudrait bien en venir à se pencher sur la manière de rendre plus attrayante notre discipline, mais là, nous devrions tâcher d’être pragmatiques en ciblant les services et surtout les enjeux de notre domaine les plus susceptibles d’être attractifs et médiatisés. Est-ce que les choix d’acquisitions et l’élagage sont vraiment les seuls sujets à même de susciter l’intérêt de la population? Permettez-moi d’en douter. C’est à nous d’attirer l’attention sur des éléments qui nous semblent importants, mais il faudrait d’abord envisager la question d’un oeil néophyte. Si le sujet du développement de nos collections est celui qui revient périodiquement dans les médias, c’est parce que notre profession est méconnue et c’est justement à nous de relancer le débat sur des questions susceptibles de nous présenter sous un nouveau jour, plutôt que de simplement répondre aux «problèmes» soulevés.

- Nous sommes souvent de nature passionnés, serviables et généreux, mais… l’enthousiasme et le zèle ont souvent pour effet de refroidir même les plus intéressés. Quand quelqu’un veut trop, hé bien, on s’interroge et on se méfie, non? Peut-être que nous devrions tenter de nous faire un peu désirer. Notre discrétion légendaire nous nuit, toutefois. Si nous hésitions moins à mettre nos résultats de l’avant, notre expertise étendue serait sans doute plus reconnue et nous en retirerions de plus grands bénéfices. Si nous montrons ce que nous sommes capables de faire, nul doute que nos services seront requis sans besoin exagéré d’autopromotion.

Oui, les journalistes ont raison. Mais il n’est pas dit qu’il est impossible de changer la donne. Au demeurant, les journalistes n’ont quand même pas raison sur toute la ligne et j’aurai sans doute l’occasion de me reprendre à leur sujet. ;)

~ par pirathecaire le 18 juin 2009.

11 réponses to “les journalistes ont raison”

  1. Étant moi-même bibliothécaire, je crois qu’on surestime beaucoup le problème d’image. Notre discipline est méconnue, et puis après ? Il y a encore, à mon sens, un problème de professionnalisme au sein même de la profession : trop de gens attachés aux règles, aux procédures, au silence et au calme. Quelques fois, je me dis qu’il y a des coups de pied qui se perdent et, en ce sens, notre gestion de l’image “interne” m’apparaît plus problématique que l’image qu’on peut projeter à l’externe. Bon, c’est décousu comme argumentaire, non ? Je m’en excuse… je reviendrai clarifier ma position à l’occasion.

    Par ailleurs, félicitations pour ce nouveau blogue !

  2. Merci du commentaire. Ce n’est pas décousu, je serais même assez d’accord. :)

  3. Je préférerais émettre l’opinion suivante quant aux journalistes : ils n’ont pas raison, mais ils ont d’excellentes raisons de mettre nos choix en perspective, d’interroger nos pratiques, de faire du rara médiatico-polémique qui attire de l’audience. Il faut juste s’insérer dans les débats avec nos raisons et nos passions. Il est vrai, par ailleurs, que historiquement nous ne sommes pas les plus doués pour faire la promotion de nos bons coups. Mais, à Montréal, on est presque aussi bon que les pompiers dans l’opinion publique… Et on prend de plus en plus notre place dans les débats qui ont cours sur la blogosphère autour des enjeux de société.

  4. Le pompier occupe une place symbolique fort importante dans mon parcours littéraire… Il y a charge symbolique, si on peut me permettre d’être pompeux, sans être pompier, comme Verdi, par exemple.

    Je vous raconte. C’était dans l’autre siècle, je m’escrimais pour obtenir mon bac en sociologie. Professeur invité français, le top qui a dépassé Althusser, Bourdieu et Marx (tout en en proposant une nouvelle lecture). On adorait les penseurs des lendemains qui chantent à l’époque. C’était avant Polpot, mais après Staline, et les intellos méprisaient Soljenistyne…

    Bref le socio-constructeur nous propose une question pour le TP d’évaluation à 3 crédits: Peut-on concevoir une comptabilité nationale et/ou marxiste? Et l’expression «dé quessé?» n’avait pas encore été inventé à l’époque…

    Et de me pointer, trois jours avant la fin de la session, avec les chums à la biblio des arts et des sciences du Terminus Voyageur pour me coltiner avec les oeuvres du zélateur dont le nom m’échappe. La poisse! Rien n’y fait. l’ennui. Je me mets à butiner dans les rayons LC de la littérature et je tombe sur un auteur – Ionesco – La cantatrice chauve. Curieux. Je venais de vivre l’expérience de ce que d’aucuns nomme aujourd’hui, via le net, la sérépendité…

    Et d’entreprendre la lecture du truc, et de rouler littéralement sous la table, sous l’oeil ébaubi et un peu surpris de mes collègues pour qui la coupure épistémologique althussérienne et les machins comptables n’ont vraiment rien de rigolo.

    Il faut relire le début de la Cantatrice chauve, l’arrivée impromptue du pompier qui sonne avec insistance à la porte :

    http://www.hku.hk/french/dcmScreen/lang3035/lang3035_ionesco_cantatrice2.htm

    C’est ce pompier qui m’a ensuite mené à lire tout Ionesco, Calvino, Éco, Kundero, Zampino, Zorro, mais pas Péladeau…

    Le pompier comme prolégomènes à l’imaginaire sens dessus dessous…

    J’ai eu un maigre B- pour mon TP, mais un monde s’ouvrait à moi…

    • J’admets que ce pompier-là est pas mal plus sympathique que les hurluberlus présentés l’an dernier par Michèle Ouimet…

      Quant aux bibliothécaires de Montréal, ça a l’air que vous êtes pas mal bons -et bien vus, c’est vrai… ;-)

  5. [...] Évidement, ceci a provoqué un taulé dans la profession, certains appelant même au boycott. Pour ma part, je trouve toujours drôle de jouer avec les préjugés parce qu’il faut avouer que lorsqu’on nous parle de bibliothécaire on a plus le souvenir de Mme Pinchon, chignon tiré 4 épingles et le “chut” intenpestif, plutôt que Pamela Anderson, pose lascive sur une pile de bouquins. Pour ceux que le débat intéresse, vous pouvez aller faire un tour chez pirathécaire. [...]

  6. Je ne suis pas bibliothécaire, juste technicienne en documentation et je crois que pour notre image nous devons débuter par faire une meilleur promotion auprès de nos patrons. J’ai travailler dans plusieurs endroit où la bibliothèque, ce n’était pas “glamour”. J’ai même vu un organisme fermer ou presque sa bibliothèque. Généralement dans un organisme public ou parapublic les bibliothèques sont un poste de dépense qui ne raporte pas donc on coupe. En plus, les gens croit qu’ils sont autonomes pour faire leur rechercher car ils sont capable d’inscrire 2 ou 3 mots dans Google, mais ça c’est un autre sujet.

    • Ne vous excusez pas de ne pas être bibliothécaire! :)

      Votre constat est juste et pertinent, merci!

      • Je ne m’excusais pas car je suis fière de mon emploi et du travail que je fais. C’est juste que parfois, certaine personnes (lire ici des bibliothécaires hautaines) nous regardent de haut car nous n’avons pas la sacro-sainte maîtrise. Je ne désire pas généraliser, car ça serait faux. C’est seulement que certaine personnes se croit meilleur que d’autres car elles ont une maîtrise ou un doctorat.

      • Ah, il y a toutes sortes de snobisme, hein… Celui-là en est un que je ne pratique pas, je l’avoue. Alors n’hésitez pas à commenter ici, ça fait plaisir. ;)

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