faire du n’importe quoi avec n’importe quoi
N’importe qui peut utiliser Google.
N’importe qui peut consulter un index, un répertoire, une banque de données.
En quoi les bibliothécaires peuvent-ils se distinguer?
Peut-être dans nos performances? C’est ce que plusieurs d’entre nous semblent penser. Nos résultats de recherche se doivent d’allier pertinence et fiabilité, et nos méthodes, précision, rigueur et rapidité. En un mot: nous devons être efficaces. C’est là la touche magique des bibliothécaires, la marque de commerce des spécialistes par excellence de la recherche d’information.
En recherche d’information, nos performances sont donc capitales, car c’est d’elles dont dépend en grande partie notre standing. Mais de quoi dépendent elles-mêmes ces performances?
Nos performances dépendent de nos habiletés de chercheurs d’information.
Il y a déjà un certain temps, pour faire de moi une bibliothécaire, on a pris soin de m’apprendre à utiliser les opérateurs booléens et la troncature, à affiner une recherche, à lutter contre le bruit et le silence, à multiplier les façons de relancer une recherche. On m’a fait prendre conscience des vertus des systèmes d’indexation à vocabulaire contrôlé et des différents types de limites de recherche possibles. On a tenté de me convaincre de l’importance des informations de type secondaire dans la quête des informations de type primaire. Lentement, la chercheuse d’information amateure est devenue professionnelle, systématique dans ses méthodes, habile, efficace. Du moins je l’espère!
Mais cela ne suffit pas. Nos performances dépendent aussi et surtout de la qualité des outils que nous utilisons. Elles dépendent entre autres des facilités de manipulation de l’information que ces outils permettent.
Pourquoi? Parce que dans les faits, quand j’effectue une recherche pour un client, il n’y a que moi comme professionnelle qui puisse juger de manière réaliste du résultat. Je peux juger de la qualité du traitement dans la base où je loge ma requête, constater que l’inscription des données dans les champs ou l’indexation posent problème et nuisent à la cueillette de données, mais que déduira mon client de piètres résultats, exactement? Probablement que c’est au niveau de mes habiletés que le bât blesse. D’un autre côté, serait-ce vraiment une stratégie intellligente de lui «prouver» que c’est au niveau de la qualité de mes sources qu’il faut remonter? Il se demandera sans doute à quoi bon payer une fortune pour des bases de données qui n’offrent pas tant de valeur ajoutée que ça… ou pire, à quoi sert d’entretenir un catalogue ou un système d’information si nos «produits» eux-mêmes ne sont pas à la hauteur?
D’autre part, si moi-même je parviens de peine et de misère à retracer des informations à cause de la façon dont on peut y accéder, qu’en sera-t-il de mon client? Si certains résultats, faute d’une gestion de qualité, sont peu fiables, si moi-même comme professionnelle je ne peux faire confiance à mes résultats, que dois-je répondre à mon client? Passe encore lorsqu’il s’agit de systèmes que je ne contrôle pas, mais qu’en est-il de nos propres «produits»? Si le traitement des informations dans les outils que nous utilisons et à plus forte raison dans ceux que nous produisons n’est pas à la hauteur, il est évident que nos performances ne le seront pas. Mais pourquoi en rester là sans tâcher d’améliorer les choses lorsque nous savons quel est le problème?
N’importe qui peut utiliser Google.
N’importe qui peut consulter un index, un répertoire, une banque de données.
En quoi les bibliothécaires peuvent-ils se distinguer?
Pourquoi en rester là sans tâcher d’améliorer les choses lorsque nous savons quel est le problème? Je me le demande bien. À la première crise, où coupe-t-on? Dans les services de traitement. Dès qu’on a accès au dérivé, on ne se pose pas de question et on laisse tomber l’original. On balaie les doutes de certains collègues concernant le taux d’erreurs en prétextant qu’il y a plusieurs points d’accès aux données et que la perfection n’est donc pas nécessaire.
N’importe qui peut utiliser Google.
N’importe qui peut consulter un index, un répertoire, une banque de données.
En quoi les bibliothécaires peuvent-ils se distinguer?
Ce sont les détails qui distinguent les bibliothécaires des chercheurs d’information amateurs. Des détails peut-être, mais des détails qui font une différence. Si nos propres «produits» sont négligés, ce sont nous tous comme chercheurs d’information qui en payons le prix. Et entre nous, si certains collègues ne comprennent pas ces enjeux, je me demande parfois ce qu’ils comprennent exactement de notre profession.


[...] Faire du n’importe quoi avec n’importe quoi par Le pirathécaire (Pirathécaire ? “Parce que j’ai souvent l’impression que les bibliothécaires sont à l’information ce que les hackers sont à l’informatique. Pleins de ressources et de possibilités, spécialisés, savants… mais dérangeants…”). [...]
La Feuille » Archive du blog » Le pirathécaire a dit ceci sur 25 juin 2009 à 6 06 15 0615 |
[...] Faire du n’importe quoi avec n’importe quoi par Le pirathécaire (Pirathécaire ? “Parce que j’ai souvent l’impression que les bibliothécaires sont à l’information ce que les hackers sont à l’informatique. Pleins de ressources et de possibilités, spécialisés, savants… mais dérangeants…”). [...]
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